Tête bien pleine vs tête bien faite

François DE CLOSETS dans un ouvrage exhaustif sur le système scolaire français paru en 1996 intitulé "du bonheur d'apprendre et comment on l'assassine", jetait déjà un pavé dans la marre : "Les français n'ont jamais tant appris, se sont-ils enrichis et épanouis en proportion ? Franchement, je ne le crois pas. Lorsque je les écoute, lorsque j'observe leurs comportements, j'ai le sentiment que, pour le plus grand nombre, cet entraînement intensif ne débouche sur aucun plaisir, aucune pratique vivante, qu'apprendre, c'est embêtant. Passé la période scolaire, ils sentent libérés de cette activité rebutante et n'éprouvent de curiosité que contrainte - une obligation professionnelle parmi d'autres -, pour les connaissances qui leur furent enseignées. Quand l'école est finie, c'est le temps de la découverte qui s'achève." (...)

"Pourquoi l'école apprend-elle tout sauf le bonheur d'apprendre ?

"Pourquoi l'école rend-elle ennuyeuse des matières passionnantes ?

"Pourquoi l'école dissimule-t-elle la médiocrité des programmes sous le talent des professeurs ?

"Pourquoi l'école sélectionne-t-elle avant d'éduquer, élimine-t-elle avant d'instruire ?

"Pourquoi l'école fait-elle tout à la fois, monter et baisser le niveau scolaire ?

"Pourquoi l'école s'acharne-t-elle à dispenser un enseignement identique à des enfants différents ?

"Pourquoi l'école ne peut-elle pas être un remède au chômage et à la violence ?"

 

Je vous recommande vivement la lecture de cet ouvrage, résultat d'un travail d'enquête et d'analyse sur le système éducatif français sans idéologie, mais avec beaucoup de minutie et pertinence.

 

Marc HALEVY, dans son ouvrage "le principe de frugalité" paru en février 2010 écrivait "(...) au niveau de l'intelligence aussi les carences sont visibles. Paradoxalement, plus la société évolue vers l'économie de la connaissance et moins nombreux sont ceux dont les compétences et les talents sont adéquats pour cette même économie émergente. Aujourd'hui déjà, en Europe occidentale, ce sont des millions d'emplois durablement non pourvus qui minent les centres de recherche, les entreprises et les laboratoires. Nos systèmes éducatifs qui s'obstinent à reproduire des grilles pédagogiques et des valeurs éthiques totalement obsolètes, produisent des têtes bien pleines dont personnes n'a besoin, et ne produisent pas les têtes bien faites dont tout le monde a besoin. Or, leurs scléroses syndicales font que ses systèmes sont irréformables. Une génération, déjà, qui a vingt ans aujourd'hui, a été sacrifiée ; il en faudra une au moins une seconde avant que le problème ne se résolve. En attendant, le fossé se creuse de plus en plus vite, de plus en plus profondément entre ceux qui savent et ceux qui ignorent. Ajoutons à cela que l'illettrisme progresse et est passé de 10% de la population adulte en 1980 à 17% de la population adulte en 2000, et le tableau s'assombrit encore. Le vieux rêve de Jules FERRY s'est effondré : les bacheliers d'aujourd'hui ne savent plus lire, ni écrire, ni compter convenablement. Non seulement, ils ne savent plus, mais, pour beaucoup, ils ne veulent plus."

 

Pour appronfondir la réflexion sur notre système éducatif et sa possible adaptation à la société de la connaissance, Marc LUYCKX GHISI, dans son livre "surgissement d'un nouveau monde", y consacre un chapitre entier :"(...) Il est donc normal et urgent de repenser de fond en comble les principes de base notre éducation moderne et industrielle afin de l'adapter à une société qui est déjà transmoderne et postindustrielle."

"(...) Quelle stratégie pour changer l'éducation ? (...) Il me semble inopportun d'essayer de changer le système d'éducation qui est actuellement en place. Il est préférable d'investir son énergie dans la création d'un concept nouveau d'université du 21ème siècle, ou de transuniversité." "(...) Un nouveau type d'enseignants : les tuteurs. Cela suppose un excellent système de tutors, d'accompagnateurs (sur le modèle de Cambridge et d'Oxford), qui font réfléchir chaque étudiant chaque semaine sur ses lectures et le font avancer dans sa réflexion personnelle. Il va de soi que les tuteurs doivent être des sages, formés à la transdisciplinarité. Ce qui n'est pas facile à trouver. Mais c'est possible. Et ils se formeront aussi en faisant et en créant avec les élèves."

 

On le voit notre système éducatif actuel est obsolète et sclérosé. L'ennui qui habite la plupart des élèves n'en est que la traduction la plus éclatante. Réformer cette "machine" semble être un voeu pieu tant les résistances sont fortes. Aussi, l'idée d'un système parallèle nouveau est une solution (la solution ?). Les questions de fond, pour entrer dans cette société de la connaissance et de l'intelligence, sont, à mon sens :

- Que doit-on enseigner ? (tête bien pleine ou tête bien faite)

- Quel est le rôle de l'enseignant ? (transmettre des savoirs qui seront obsolètes rapidement dans la société de la connaissance ou apprendre à apprendre). Ce sont des enjeux majeurs pour préparer les élèves à ce nouveau monde. Pour la première fois dans l'Humanité, on peut avoir accès à tous les savoirs (ou presque) en quelques clics grâce à Internet, c'est fabuleux ! Demain, nos entreprises auront besoin de talents et précisément de talents créatifs. Il n'y a pas une forme d'intelligence mais plusieurs : intelligence de l'esprit, intelligence du coeur, intelligence des mains.

Il y a six siècles, Montaigne écrivait : "Un enfant n'est pas un vase qu'on remplit, mais un feu qu'on allume". Cette maxime n'a rien perdu de son actualité...

 

Pour prolonger votre réflexion sur l'école :